Encore aujourd’hui, plusieurs parents québécois ont recours à la fessée pour « discipliner » leurs enfants. Près d’un enfant sur trois fait l’objet de fessée au moins une fois par année au Québec*.

Bien que cette pratique perde du terrain depuis une quinzaine d’année, elle demeure encore acceptée dans plusieurs foyers. Et quand je parle de fessée, je parle entre autres de tape sur les fesses ou de serrer le bras de votre enfant. Ces pratiques sont à mon avis un peu trop banalisées.

Voici mon opinion d’ergothérapeute concernant la fessée : je peux comprendre que certains parents se retrouvent à bout de ressource devant le comportement de leur enfant, mais je suis totalement contre tout type de discipline qui encourage la violence. Cette pratique peut avoir des conséquences désastreuses sur le développement de votre enfant.

Voici pourquoi je n’appuis pas cette pratique:

1- Vous bousillez des opportunités d’apprentissage.

Prenez le temps de réfléchir au but de votre intervention. Vous croyez  que la fessée aura un effet éducatif sur votre enfant?  Détrompez-vous.  C’est une pratique contre-productive.

Le but ultime de tout parent qui discipline son enfant est que celui-ci prenne conscience de son erreur, qu’il essai de la corriger et qu’il ressente un peu de culpabilité face à sa mauvaise action.

En donnant une fessée à votre jeune, la seule chose qu’il retiendra, c’est à quel point son parent a été méchant et injuste de lui faire du mal. Votre enfant pourrait aussi être terrifié par l’expérience.

2- Vous envoyez des messages contradictoires à votre enfant.

La plupart des parents souhaitent que leur enfant apprenne à ne pas frapper les autres. Comme parent, vous enseignez des solutions alternatives à la violence (ex: utiliser des mots pour exprimer sa colère).

Vous envoyez des messages contradictoires à votre enfant si vous préconisez la fessée.  En agissant ainsi, vous envoyez le message à votre enfant qu’il est correct d’être physiquement violent envers un être fragile et sans défense. Il pourrait bien répéter ce comportement plus tard, à l’âge adulte.

Avec la fessée, vous lui démontrez aussi que « les paroles, c’est bien beau, mais la violence c’est plus efficace ». Soyez un modèle crédible et utilisez la communication comme stratégie!

3- Vous nuisez au développement neurophysiologique du cerveau de votre enfant.

Le cerveau interprète la douleur comme une menace. Quand un parent inflige une douleur physique à son enfant, celui-ci se retrouve devant un énorme paradoxe…

D’une part, il va instinctivement vers ses parents pour rechercher réconfort et protection. D’autre part, l’instinct de survie le pousse à se sauver de la menace. Ainsi, le parent devient à la fois une source de réconfort et une menace. Le cerveau devient alors désorganisé et le lien d’attachement parent-enfant se désorganise aussi.

L’exposition répétée à des situations de stress, de rage ou de terreur amène une libération de l’hormone de stress:  le cortisol. Cette hormone est toxique pour le cerveau : elle interfère dans la croissance du cerveau et peut détruire des connexions nerveuses et même des cellules nerveuses.

4- Vous contribuez à créer d’autres mauvais comportements chez votre enfant.

Les humains ont été « programmés » pour éviter la douleur de façon instinctive. Avec la fessée, vous ne réussirez pas à faire cesser un comportement pour de bon. Les enfants ne sont pas parfaits, ils vont continuer à faire des bêtises.

Donc, lorsque votre enfant fera une erreur, il fera de son mieux pour cacher les preuves.  Il développera des stratégies de mensonge et de manipulation pour éviter les coups.

Si l’enfant se sent attaqué, il réagira avec son cerveau « reptilien » : « fight, flight or freeze » (se battre, se sauver ou rester figé de terreur).

Tentez plutôt de stimuler la portion rationnelle et réflexive de son cerveau. Encouragez votre enfant à utiliser son intelligence et capacité de résolution de problème.

Soyez aussi conscient que plusieurs autres stratégies de discipline sont tout aussi dommageables que la fessée :

  • Isoler son enfant sur une longue période de temps;
  • L’humilier;
  • Lui faire peur en criant;
  • Utiliser de la violence verbale ou psychologique en le menaçant de lui donner une fessée.

L’enquête de 2012 sur la violence familiale dans la vie des enfants (au Québec) révèle des données troublantes :

80% des enfants ont vécu au moins un épisode d’agression psychologique et 49%, trois ou plus; ces épisodes incluent, entres autres, le fait de crier ou hurler après l’enfant, de le traiter de divers noms (stupide, paresseux, etc.) ou de le menacer d’une fessée sans la lui donner;

J’espère que cet article vous a ouvert les yeux sur les conséquences graves de la fessée (et tout autre type de violence) sur le développement des enfants.

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